Notre retour à Vintimille

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Qu’est-ce qui a changé?

Notre voyage reprend où nous avions terminé notre dernière expérience: le Bar Hobbit, un petit endroit très proche de la gare de Ventimiglia. Il est géré par Delia Buonuomo, aussi connue comme «la mama» des migrants. A cause des aides (recharges des portables et repas chauds et à bon marché) qu’elle a fourni pendant des années à ceux qui arrivaient dans le petit village ligurien, en cherchant un sort meilleur, son bar a été ostracisé par la clientèle italienne.

Par rapport à cet été, la situation a évolué:

  • D’être le quartier général des volontaires et des migrants, le Bar Hobbit a devenu la structure corollaire des nouvelles entités locales engagés dans le volontariat.
  • Comme le Bar Hobbit, «l’Eglise de la nativité» a également perdu son rôle central dans la gestion des flux de migrants: un sommet du dernier août qui a eu lieu dans la Préfecture a décrété qu’une église n’est pas un lieu adapté pour l’accueil des migrants.

Pour rencontrer le noyau des activités d’accueil et d’intégration de Ventimiglia, nous continuons en direction de Rue Tenda, une parallèle du pont des «Gianchette». C’est ici que se trouve Eufemia, point d’information et d’assistance légale géré par des locaux, engagé dans le volontariat.

Ce qui n’a pas changé

Le «quartier» Gianchette nous donne la possibilité de voir ce qui, par rapport à août, n’a pas changé: l’intolérance d’une partie de la population locale. Cela nous est démontré par une dame en qui, en indiquant des migrants qui attendent d’entrer dans le Point, demande à un volontaire: «parce que vous ne leur dites pas de s’en aller au Camp Roja ?» Puis, avec rage: «ils mangent trois fois par jour, tandis que parfois je n’arrive pas à le faire parce que je dois payer les taxes. Vous devriez dire à ceux qui gouvernent de venir vivre ici!»

Eufemia – LEGAL POINT

La journée, chez Eufemia, commence à 10h30, quand les volontaires ouvrent les portes du Point. A partir de ce moment- là, jusqu’à 18h30, un flux continu de personnes entrera dans la petite pièce de Rue Tenda.

Quand on entre, on voit des migrants qui rechargent leurs portables, qui sont indispensables si on traverse le monde entier. Des autres, au contraire, attendent d’utiliser les ordinateurs qui ont une connexion internet: quelque uns téléphonent chez eux, d’autres organisent la suite du voyage ou regardent des vidéos amusantes, comme nous le faisons.

Chaque jour nous rencontrons des visages nouveaux, arrivés ici pour chercher un mot rassurant, des produits sanitaires (du savon, des rasoirs ou des tampons) ou des vêtements pour se protéger du froid.

Il y a des jours où nous ne pouvons pas y entrer. Le mardi et le jeudi «La journée des femmes» a lieu et le point est sans limites pour tout homme. De cette manière-là, les femmes établissent une connexion confidentielle avec les volontaires. Malgré les difficultés linguistiques, on cherche à communiquer avec eux pour découvrir des viols ou des violences sexuelles.

C’est pendant ces journées que le groupe masculin monitore le territoire de Ventimiglia: la Gare, la Frontière Haute et la Frontière Basse sont les endroits où ils s’assurent que la police ne commette pas des actes de violence au détriment des migrants.

Un matin nous conduisons jusqu’à la Frontière Haute, où un pullman stationne: au pendant la journée la Gendarmerie le remplira avec les migrants irréguliers trouvés dans le territoire français (très souvent ça concerne les enfants aussi, même si on enfreint des lois internationales). En fin de journée la destination du pullman est seul et unique: Tarente.

Dans l’après-midi, après les contrôles, nous retournons au Point, où nous rencontrons Alessandra qui nous demande de baisser la voix parce qu’elle est en train de parler avec un jeune migrant pour lui expliquer le fonctionnement de l’accueil des migrants en Italie. L’assistance juridique est fondamentale pour les aider à comprendre parce qu’ils sont refoulés ou emmenés à Tarente. L’objectif de l’assistance est «empêcher des tensions pendant les colloques pour la demande d’asile, qui sont très éprouvants», et «donner une idée de continuité et pas de précarité».

GIANCHETTE

Pour ne pas les déranger, nous sortons et nous allons sous le Pont des Gianchette qui est devenu un refuge pour beaucoup de migrants, très souvent sans papiers. L’objectif des personnes qui vivent dans ce campement est traverser la frontière pour rejoindre d’autres nations européennes, (France, Angleterre, Norvège et Allemagne) et être réunis avec les parents et les amis.

Chaque jour des tentes nouvelles et des constructions très intelligentes contre le froid apparaissent. Le campement est partagé en quartiers ethniques: la disposition des tentes change selon  nationalité. Si on entre par le parking à coté de la rue Tenda, Erythréens, Ethiopiens and Soudanaises occupent le côté droit: Ils sont des «bonnes personnes», toujours souriants et gentils quand on leur offre de l’aide. Le couloir central est afghan. Les nigériens, qui préfèrent s’isoler, occupent le côté gauche, presque dans le fleuve Roja. «Ce sont eux qui contrôlent le marché de la drogue et de la prostitution. En forçant les femmes à vendre leur corps» nous dit une des volontaires.

La situation est difficile et cela favorise les passeurs infiltrés, qui spéculent sur le désespoir des migrants, surtout ceux qui ne sont pas de la même nationalité qu’eux. Le manque de solidarité parmi les ethnies différentes ne date pas d’hier: ils ne s’aident pas à ramasser le bois, très souvent des portables ont été volés, où on a eu des rixes.

Les conditions de police sanitaire sont critiques: il n’y a pas de toilettes chimiques ou des douches. La gale est en train de se propager de manière très rapide et les médicaments ne sont pas suffisants par rapport aux personnes qui en ont besoin. Récemment, quelques jours par semaine des médecins volontaires visitent les migrants, sous le pont et avec un gazebo, mais cela ne suffit pas.

Au bout du pont on rencontre Federica qui est en train de distribuer des gants et des sachets, afin que les migrants aident à maintenir propre la berge du fleuve. Malheureusement, tout le monde n’aide pas et c’est aussi pour cela qu’il est difficile de maintenir un bon niveau d’hygiène.

Nous bougeons un peu et nous pouvons observer, en silence, Nina et Faruk, deux volontaires chez Eufemia, qui mettent en œuvre le cours de base de français, avec une petite ardoise accrochée à une colonne du pont. C’est comme ça qu’ils ont la possibilité d’apprendre les phrases essentielles du français et communiquer entre eux.

Alors que nous les écoutons répéter à voix haute les phrases en français, un ballon nous touche les pieds. Il a été lancé d’un terrain de foot improvisé dans un des parkings proches au pont. Ici, quand il est possible, ils s’affrontent: 5 vs 5, les matches durant 10 minutes. Celui qui gagne devient le chef, comme on le faisait quand on était petits. Peut-être que cela l’un des rares moments où les plus petits peuvent se défouler et retourner enfants.

Le 18 avril, une ordonnance signée par le maire Ioculano, en accord avec la Préfecture, a amené à le déblayement du campement informel.

Témoignages

Mahmoud et le chemin de la morte

Nous rencontrons Mahmoud lors d’un match de foot. Il a quitté le Darfour, une région occidentale du Soudan. Il est l’un des rares qui veut nous raconter le voyage en Lybie. Les autres préfèrent éviter de le faire, en levant les mains en signe de reddition.

«La Lybie est pire que l’enfer. Presque tout le monde a une arme à feu. Le risque de se faire tirer dessus est réel. Les réfugiés sont verrouillés dans les prisons et torturés de manière inhumaine. Les tortures sont filmées et les vidéos envoyées aux familles pour qu’elles paient une rançon. Je suis arrivé à m’enfuir seulement à la troisième tentativeUne fois arrivé, je l’ai dit à mes parents, qui ont célébré le karama, une coutume typique du Soudan qui prévoit l’égorgement d’un chevreau et la donation d’argent à d’autres familles du village pour remercier Allah».

Dans les premiers 27 jours de son «séjour» à Ventimiglia, Mahmoud a essayé de rejoindre la France 8 fois, en utilisant tout moyen possible: train, routes, «le chemin de la morte».

Le Chemin de la morte n’est pas tracé dans les cartes, et il relie Grimaldi (un petit village à 6 km de Ventimiglia, et le plus proche de la France) et Menton. Une fois arrivés à la barrière de barbelé qui délimite la frontière, beaucoup de migrants tournent à gauche, attirés par la mer. En réalité, il faut maintenir la droite, où on risque de glisser dans un ravin. Dans le passé, on a entendu beaucoup parler de ce type d’erreur, malheureusement fatales.

Beaucoup de migrants changent leurs vêtements pendant le voyage, en choisissant les plus élégants, afin que la police ne les remarque pas une fois arrivés à Menton. Ils jettent leurs papiers et tout élément qui puisse prouver leur passage en Italie (nous, nous sommes allés dans le chemin de la morte, où nous avons trouvé un papier où on pouvait lire le refus au «statut de protection internationale» à un demandeur d’asile).

Hamza et Campo Roja

Hamza a 17 ans et il est tunisien. Il est arrivé en Italie en janvier 2018 avec un ami. «Nous sommes partis de la Tunisie, le bateau nous a jeté dans la mer à 100m de la côte, pas d’exception, même pas pour femmes et enfants. Pour rejoindre la côte, nous avons dû nager: probablement quelqu’un est mort».

Le premier jour, il a marché pendant 8 heures, de Siculiana à Agrigento. Cela étant, Hamza comprend que la Sicile n’est pas le lieu où il veut ouvrir la procédure pour obtenir les papiers.

Il doit se séparer de son ami, qui n’a pas d’argent pour continuer le voyage, Hamza part pour Rome, puis Pise, Milan et Turin. Après deux semaines de difficultés, il arrive à Ventimiglia, et le Camp Roja est le premier lieu où il va. Il est identifié et il commence la demande d’asile. Pour l’avenir, Hamza voudrait obtenir les papiers et trouver un travail qui lui permet d’épargner de l’argent et retourner en Tunisie: «Je ne veux pas rester ici, j’ai obligé mon frère à me jurer qu’il ne me suivra pas».

Hamza se plaint parce que sa chambre au Camp Roja est trop petite pour lui et 5 afghans, et il ne pouvait pas prendre une douche parce que les toilettes étaient impraticables. Au contraire, le maire de Ventimiglia, M. Ioculano, a déclaré que le niveau d’hygiène est plus que satisfaisant, comme le Camp Roja est l’un des plus contrôlés.

Mosab et le voyage

Mosab, un garçon érythréen connu au Point, nous a dessiné une carte pour nous décrire le chemin de son concitoyen Abrahm. On part d’Asmara, capitale Erythréenne, en direction de Shire, un district au nord de l’Ethiopie: pour la rejoindre, il faut marcher pendant 2 jours, et payer 30.000 nacfa, l’équivalents de 2000 dollars.  Après Shire, on continue vers Khartoum, capitale du limitrophe Sudan, mais aussi noyau principale des flux migratoires centrafricains. On utilise des taxis conduits par les trafiquants soudanais: le trajet coute 1800 dollars. Le voyage continue en direction de Bani Walid, un des ports septentrionaux les plus importants de la Lybie: la taxe à payer est de 1700 dollars. Croiser la Méditerranée est la partie finale, mais la plus dangereuse quand même, de cette Odyssée: pour l’amener en Sicile, les trafiquants demandent à Abrahm 5500 dollars. Pour un total de 11.000 dollars.

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